Vietnam – Trois semaines en noir et blanc

Travailleur dans les rizières par Jacques Hamard

Photographier les gens, pas les lieux

Ce voyage au Vietnam, je l’avais imaginé comme une aventure familiale avant tout — rejoindre mon fils et sa fiancée pour trois semaines de route commune, du nord au sud du pays. L’appareil photo était là, comme toujours. Mais l’intention photographique s’est précisée rapidement : ce qui m’attirait au Vietnam, c’était les gens. Pas les monuments, pas les panoramas — les visages.

À cette période, je travaillais exclusivement en noir et blanc. Un choix qui s’était imposé progressivement — une façon de dépouiller l’image de l’anecdotique pour n’en garder que l’essentiel. Supprimer la couleur, c’est forcer le regard vers autre chose : une expression, une texture, un contraste, une lumière sur un visage. Le Vietnam, avec sa richesse humaine extraordinaire, était le terrain idéal pour ce type de photographie.

Ma méthode est simple — et assumée : je photographie les gens dans la rue, sans les prévenir, sans les mettre en scène. L’instant volé, la spontanéité, le geste vrai. C’est ce qu’on appelle la street photography. En noir et blanc, ces images prennent une dimension intemporelle — on ne sait plus vraiment à quelle époque elles appartiennent.

Hanoï — La rue comme studio

Hanoï est une ville extraordinaire pour la photographie de rue. Le vieux quartier concentre une densité de vie incroyable. On y trouve des vendeurs ambulants, des artisans sur le trottoir, des personnes âgées assises devant leur porte.

Tout se passe dans la rue, à ciel ouvert. Les gens vaquent à leurs occupations sans prêter attention à l’objectif. C’est justement cette indifférence naturelle qui permet les meilleures images.

Par exemple, le visage concentré d’un vendeur de phở. Ou encore la vieille femme qui porte son joug chargé de fruits. Chaque coin de rue est une image potentielle.

La lumière à Hanoï est, par ailleurs, idéale pour le noir et blanc. Les ruelles étroites créent des zones d’ombre et de lumière très contrastées. C’est précisément ce type de lumière que je cherche.

Sapa — Les visages des montagnes

Sapa est l’autre grand terrain de portraits de ce voyage. Mais le registre est complètement différent. Ici, pas de rue animée. À la place : des chemins de terre, des rizières en terrasses, des villages Hmong et Dao rouges.

Les femmes Hmong et Dao ont une présence photographique extraordinaire. Leurs visages sont marqués par le travail et le soleil. Leurs habits sont brodés avec soin. En noir et blanc, leurs traits prennent une profondeur et une dignité particulières.

Ces portraits se font dans la proximité et le respect. Plusieurs jours de trek avec un guide local permettent de créer une vraie relation de confiance. Les images qui en résultent sont ainsi plus posées, plus habitées.

Les nuits chez l’habitant offrent également des occasions de portraits intimes. Autour du feu, à la lumière naturelle — des moments simples et précieux.

Ha Long & Ninh Binh — Parenthèse de paysages

La baie d’Ha Long et Ninh Binh sont deux parenthèses plus contemplatives. Les paysages y sont saisissants — pitons calcaires sur l’eau, rizières et rivières.

Ces endroits se prêtent davantage aux cadrages épurés qu’aux portraits. J’y ai donc cherché les silhouettes, les reflets, les contrastes graphiques. Quelques portraits de pêcheurs viennent toutefois ponctuer ces séquences.

Hué & Hoï An — Entre histoire et quotidien

À Hué et à Hoï An, les portraits s’invitent naturellement entre les monuments. Un moine qui traverse une cour intérieure. Un artisan concentré sur son ouvrage. Un vendeur du marché du matin.

Marché au poissons à Hoï Han par Jacques Hamard

À Hoï An notamment, les marchés de l’aube sont une mine d’images. Avant l’arrivée des touristes, la ville appartient encore à ceux qui y vivent. C’est là que se trouvent les meilleures scènes de vie.

Marché au poissons à Hoï Han par Jacques Hamard

Le Mékong — Des visages sur l’eau

Le delta du Mékong, entre Can Tho et Bên Tre, est l’un des endroits les plus riches de ce voyage. C’est également l’un des moins touristiques. La vie se passe sur l’eau.

Les bateliers manœuvrent leurs embarcations chargées de marchandises. Les vendeurs des marchés flottants interpellent les clients depuis leurs barques. Partout, des visages au travail, concentrés, naturels.

En noir et blanc, les reflets sur l’eau et les expressions des visages créent des images d’une grande richesse. C’est ici, plus qu’ailleurs, que la photographie spontanée révèle sa force. Les gens sont absorbés par leur travail. Ils ne voient pas l’objectif — ou s’en moquent. Les images qui en résultent sont donc d’une authenticité rare.

Ho Chi Minh Ville — Dernière image

Ho Chi Minh Ville conclut ce voyage dans un tourbillon d’énergie urbaine. Une ville qui pulse, qui déborde — mais où nous n’avons passé que peu de temps. Quelques images de rue capturées à la volée, une dernière impression avant le retour.

Ce que ce voyage m’a appris

Rentrer du Vietnam avec des centaines de portraits en noir et blanc, c’est avoir fait un choix photographique radical — et l’avoir tenu jusqu’au bout. Ne pas se laisser distraire par les paysages spectaculaires, les temples photogéniques, les couchers de soleil. Rester focalisé sur ce qui m’intéresse vraiment : les gens.

Ce voyage m’a confirmé que la photographie de rue en noir et blanc est une discipline qui demande de la patience, de la discrétion et du respect. On ne vole pas une image — on la reçoit. Le noir et blanc y ajoute une dimension intemporelle qui transcende le document pour toucher à quelque chose d’universel.

C’est cette même sensibilité au visage humain que je mets aujourd’hui au service de mes clients à Paris et en Île-de-France. Mes portraits métiers ne sont pas des photos de studio — ce sont des images qui cherchent la personne vraie, dans son environnement, avec sa lumière. Le Vietnam n’est pas loin de là.

N’hésitez par à me contacter…